June 1994

Une révision complète

La mise à jour de 1994 du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine, intitulée à juste titre « Un engagement à la mesure des nouveaux défis », constitue une révision complète du cadre initial de 1986; elle a affiné les objectifs démographiques, augmenté les objectifs visant l’habitat et intégré la conservation à des paysages politiques et économiques plus larges. Cette mise à jour a non seulement prolongé la portée du plan au moins jusqu’en 2010 (reconnaissant que les progrès sont plus lents que prévu compte tenu des pertes d’habitat persistantes), mais elle a également intégré 22 recommandations ciblées:

  • soit 7 visant les populations de sauvagine (comme améliorer la surveillance et l’évaluation d’autres espèces comme les Canards branchus),
  • 13 visant les habitats (prioriser les régions des Prairies et évaluer l’efficacité du projet)
  • et 2 concernant les politiques (favoriser les pratiques durables dans les secteurs de l’agriculture, de la foresterie, de l’eau, du commerce et du développement économique).

Ces ajouts marquent un virage vers une gestion adaptative et écosystémique, reconnaissant que le rétablissement de la sauvagine nécessite l’intégration des besoins de la faune aux activités humaines comme l’agriculture et le développement urbain.

Objectifs stables, cibles affinées

Les objectifs démographiques sont demeurés ancrés dans le rétablissement des populations de canards, d’oies et de cygnes à leurs niveaux des années 1970, l’objectif global étant le maintien de 62 millions de canards nicheurs qui assureraient une volée automnale d’au moins 100 millions dans des conditions moyennes. Des cibles précises pour les principales espèces ont été maintenues ou peaufinées en fonction des tendances. Par exemple, les Canards colverts se sont établis à 8,1 millions, les Canards pilets, à 5,6 millions (malgré les déclins continus) et les Canards noirs se sont stabilisés à un indice de population hivernante de 385 000 après des décennies de diminution. Les objectifs relatifs aux oies englobaient 26 populations de 5 espèces, dont 8 dépassaient les cibles. Les objectifs relatifs aux cygnes visaient à maintenir ou à accroître les populations, par exemple à un indice de population hivernante de 80 000 dans le cas du cygne siffleur. Les investissements de plus de 500 millions de dollars réalisés depuis 1986 ont permis ces améliorations, plus de 2 millions d’acres ayant déjà été préservés grâce à des efforts de protection, de restauration et d’amélioration.

Intensification de la protection et de la restoration

Les objectifs visant l’habitat ont été considérablement augmentés, passant à plus de 11 millions d’acres protégés, plus de 5 millions d’acres restaurés et plus de 9 millions d’acres améliorés dans les zones des plans conjoints – chiffres établis en tenant compte des menaces croissantes comme le drainage, l’urbanisation et les répercussions des changements climatiques.

Au Canada, les priorités comprenaient la protection des milieux humides boréaux dans le Plan conjoint des habitats de l’Est face aux pluies acides et à la croissance industrielle, la restauration des aires de reproduction des prairies dans le Plan conjoint des habitats des Prairies grâce à la conservation du sol et de l’eau, et l’amélioration des estuaires côtiers dans le Plan conjoint de la côte du Pacifique pour les oiseaux hivernants et d’autres espèces sauvages.

Aux États-Unis, les efforts ont ciblé des régions comme celles de l’Atlantic Coast Joint Venture (habitats du Canard noir), du Central Valley Joint Venture (remise en état de 95 % des milieux humides perdus) et du Prairie Pothole Joint Venture (augmentation du recrutement de canards grâce à des ententes en terres privées). En outre, la mise à jour prévoyait de nouveaux plans conjoints, comme l’Intermountain West Joint Venture et le Klamath Basin Joint Venture, en vue de combler les lacunes et promouvoir des stratégies à l’échelle du paysage.

Partenariats et intégration des politiques

Les partenariats ont été mis de l’avant comme pilier du Plan, 12 plans conjoints d’habitat et deux plans conjoints axés sur les espèces (oies de l’Arctique et Canard noir) étant déjà opérationnels et réalisant des projets coordonnés profitables non seulement pour la sauvagine, mais aussi pour plus de 700 autres espèces, des oiseaux de rivage aux emblématiques espèces en voie de disparition comme les Grues blanches et les Pluviers siffleurs. Les coalitions public-privé, dont celles englobant les propriétaires fonciers, les entreprises et les organismes sans but lucratif, ont été encouragées à tirer parti d’incitatifs comme le U.S. Conservation Reserve Program et le Programme de couverture végétale du Canada, tandis que les mécanismes de financement trilatéraux ont assuré le partage des ressources pour les initiatives transfrontalières. L’intégration des politiques est devenue une pierre angulaire, la mise à jour soulignant l’importance de l’harmonisation des subventions agricoles, des accords commerciaux et de la gestion de l’eau avec la conservation, et s’est avérée essentielle pour le développement durable et les retombées économiques, comme les milliards générés chaque année par les activités récréatives, la chasse et la pêche.

Avantages généraux et gestion adaptative

Outre les avantages pour les habitats et les populations, la mise à jour a mis en évidence les retombées connexes du Plan, 

  • qui permet de renforcer la diversité biologique par la représentation des écosystèmes, 
  • de soutenir les pêches et les espèces menacées et de
  • quantifier les répercussions économiques, comme 18 milliards de dollars découlant des activités non liées à la consommation des espèces sauvages aux États-Unis et 250 000 emplois au Canada. 

L’administration a été simplifiée grâce à un comité trilatéral réunissant des bureaux nationaux, dont les activités sont axées sur la surveillance, l’évaluation et l’éducation du public pour adapter les stratégies dans le contexte de enjeux comme la prédation et la récolte de subsistance. Au final, cette révision a transformé le PNAGS, qui est passé d’un effort limité dans le temps à un modèle dynamique et durable de collaboration à l’échelle continentale, ouvrant la voie à une résilience à long terme dans un contexte où les pressions environnementales évoluent.